Le jeu de paume — Fréha

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Arrogance, Fessée, Fréha, Subjectivité

Aïe !

Celle-là avait fait mal. Vraiment. Elle était rigide, sèche comme du bois. La main avait traversé la chair, l’avait presque déchirée en la plaquant contre l’os douloureux. Je n’ai que 9 ans mais j’ai déjà pris plus de claques qu’une prostituée amstellodamoise, et celle-ci fait partie des 10 plus brutales, c’est dire. Je sens dans mon dos son souffle court, son regard torve et la main qui me plaque contre ses genoux serrés, restreignant jusqu’à ma respiration : j’ai les fesses en feu et mon père perpétue l’incendie à coup de claques. J’écris père comme on dit “vieille merde”, en détachant les phonèmes, presque les lettres. Mon père, cette vi-e-ille me-rde. Je le méprise mais ne me jugez pas : vous feriez pareil s’il se tenait devant vous, il n’y a qu’à le regarder et le dédain vous prend la gorge, vous inonde. On dirait qu’il lutte avec son corps pour que son corps ne s’affaisse pas. Pas comme un guerrier attention; comme un cancer. C’est ça, Papa est une gigantesque métastase. Je ne sais pas si l’âme existe, mais si c’est le cas la sienne est une tumeur. Il l’habite en parasite et pirate les maigres ressources que son corps parvient à rassembler. Il bouge avec une nervosité qui tient du rat, son regard n’a pas la vigueur d’être mauvais. J’en viendrais presque à plaindre ce corps qui doit obéir à un esprit si vicié. J’ai dit presque.

Aïe !

Je ne laisse sortir aucun son. Sa main est encore sur mes fesses, comme s’il cherchait à calmer quelqu’un. Mais je suis calme moi, c’est lui qui tremble. Il cherche, il ressasse ce qui vient juste de se passer. Tu me frappes, voilà ce qui se passe. Tu me frappes et tu y prends un plaisir qui te fait peur alors tu trembles. De doute, de peur car on t’a bien appris que c’était monstrueux, l’inceste, mais tu le sens se frayer un chemin parmi les désirs qui te pilotent et tu es tétanisé. Je t’entends te répéter mentalement que tu me punis et que tu as le droit de me punir, qu’il n’y a là rien de sexuel et qu’il s’agit juste de m’administrer une leçon. Comme toi, je n’y crois pas un instant. Je sens bien que tu te troubles. Si maman était là elle t’aurait déjà rappelée à l’ordre et tu m’aurais laissé partir, mais elle n’est pas là alors tu fais durer. Tu prolonges ton petit plaisir de presque-pervers. Car tu es un presque-pervers comme il y a des presqu’îles : ce qui te rattache à la terre ferme de la dignité, c’est ta lâcheté. Enlève ta main. Enlève ta main, frappe à nouveau s’il le faut mais enlève ta main. Voilà.

Aïe !

Même fesser ta fille proprement, tu échoues. Quelle honte. Et moi je devrais accepter d’apprendre ta leçon alors que tu n’arrives pas même à respirer régulièrement ? C’est pourtant simple : dedans, dehors, dedans, dehors. Tu exhales, tu inhales, arrête d’improviser putain. Je t’entends hasarder tes expirations, panteler. Si seulement vous l’entendiez… Il n’inspire pas, il avale son haleine. Il halète comme un chien l’été. Ferme ta gueule, le clébard !

Aïe !

Aïe !

  • T’as compris ta leçon ?
  • Oui Papa.
  • Va te coucher !

Fréha

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