Confessions d’un homme du métier — Paul Guillot

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Subjectivité

J’ai toujours aimé faire plaisir aux autres. Je me suis découvert ce trait de personnalité le jour où j’ai perdu mon pucelage. J’avais quinze ans. Malgré le nombre incalculable de femmes que j’ai enfilé durant ma carrière, je me souviens très clairement et avec tendresse de ma première fois avec Anna, et je tiens à préciser, au cas où elle lirait ce qui va suivre, que j’ai toujours été fidèle à mes sentiments de jeune homme et que jamais je n’ai accepté de tourner le moindre film avec une femme portant son prénom ; que voulez-vous, je suis un acteur porno sentimental, c’est comme ça. Ma première fois m’a appris que je suis de ceux qui tirent leur plaisir du plaisir des autres. C’est lorsqu’Anna avait joui de tout son corps contre le mien que j’avais atteint le sommet de l’orgasme, et non pas pendant l’éjaculation. Déjà la phase préliminaire avait éveillé mes soupçons. Comme je suis gentleman, je lui avais dit : « honneur aux dames », et elle s’était exécutée si vite et si bien qu’à peine un instant plus tard mon sexe gonflait ses joues et sa gorge, par accoups. A ce moment-là, je suppose que j’aurais dû ressentir les délices associés à la fellation mais ce n’était pas le cas. Certes je bandais, mais je faisais semblant de prendre du plaisir et Anna, qui n’en était pas à son coup d’essai, l’avait remarqué parce que, me malaxant les boules, elle pouvait de sa main s’assurer que ma prostate se crispât par saccade ; ce qu’elle ne faisait précisément pas… Je me sentais idiot. Anna s’était agenouillée devant moi et me suçait, elle voulait me donner du plaisir mais j’étais tout bonnement incapable de le recevoir. Alors je l’ai interrompue en posant ma main sur son épaule et je me suis à mon tour agenouillé. Je l’ai embrassé car je ne savais pas quoi dire et que son regard m’était difficile à supporter. Quand j’ai glissé mes lèvres de sa bouche à son cou, puis que je suis remonté vers son oreille, elle a commencé à respirer de plus en plus vite, de plus en plus fort, de plus en plus chaud. Le souffle qu’elle roula sur ma peau à cet instant précis déclencha pour la première fois en moi une sensation véritable de volupté. Je la sentais fébrile sous mes caresses. Je la sentais fiévreuse sous mes baisers. Alors j’ai léché son sein et son ventre et je suis descendu dans son sexe en m’arrêtant un instant au nombril, car c’est important le nombril. Nous avions pris l’heureuse précaution de nous déshabiller entièrement pour ne pas être encombrés de considérations vestimentaires à l’heure des sensualités. Le plaisir n’attend pas. Je baisai d’abord à pleine bouche son con, ensuite je concentrai ma langue entre ses lèvres et m’amusais quelques secondes à les chatouiller parce que sa peau me communiquait qu’elle aimait ça et que je me sentais son dévoué serviteur, prenant un malin plaisir à lui accorder les jouissances qu’elle demandait pour la lui en priver un moment plus tard, la frustrer, puis la délivrer de ses crispations en cédant finalement à son désir, acclamé par sa voix. Bref, je lui fis mes hommages de la sorte pendant une quinzaine de minutes ; ensuite elle me déniaisa.

Je veux que vous compreniez bien. Ce qui est important dans ce que je vous ai décrit jusqu’à présent, ce n’est pas tant la façon dont nous avons baisé, ni les images que je vous ai transcrit, ni même les émotions que vous avez pu déceler dans mon récit, mais bien le fait que je tire mon propre plaisir du plaisir que je procure. J’aimerais que ce trait de ma personne ne soit pas réservé au domaine sexuel, mais qu’au contraire il définisse qui je suis et répande la lumière sur mon entourage plutôt que du sperme sur leurs visages, hélas la vie est ainsi faite : de sperme. Je le sais parfaitement. Je suis acteur porno. C’est d’ailleurs à cela que je veux revenir.

Donc, j’avais quinze ans, je n’étais plus puceau depuis une semaine, j’avais désormais une raison d’être : faire plaisir sexuellement. J’avais aussi un rendez-vous chez la conseillère d’orientation – raclements de gorge… Pour tout vous dire, Anna avait booster ma confiance et bouffi mon orgueil, mais j’étais adolescent, alors mon orgueil ne paraissait pas mal placé, et ma confiance régnait. Quand je suis arrivé chez la conseillère d’orientation, elle était absente. Je me suis assis sur une chaise en face de son bureau, pour l’attendre ; j’étais impatient de savoir ce qu’elle penserait de mes projets d’avenir. D’abord étonnée de me voir ainsi prêt à en découdre avec ce qui tourmentait le plus sûrement les gens de mon âge : le futur, le choix professionnel, etc. ; elle avait repris sa contenance en avalant une gorgée de café et m’avait demandé, d’un ton qui se voulait condescendant ou bien sensuel, je n’ai jamais vraiment su, ce que je voulais faire de ma vie. Madame, lui dis-je, je veux procurer du plaisir sexuellement, je veux gagner mon pain à la sueur de mon corps, et mon eau aux frémissements du vôtre, euh, excusez-moi, je voulais dire du corps des femmes en général, pas vous en particulier, enfin je voudrais devenir acteur porno… Je me suis senti terriblement idiot et beaucoup trop impertinent. Je n’osais plus la regarder en face. Et la chance probablement de mon côté ce jour-là fit que je n’eus pas besoin de lever les yeux car la conseillère d’orientation, dans un mouvement impétueux, dans une passion irrépressible, dans une fougue tumultueuse, dans un élan endiablé, se jeta sur moi et me permit de mieux lui exposer ce que j’envisageais pour mon avenir. J’ai passé ma main sous sa jupe et pressé ses fesses ; et de l’ultime phalange de mon majeur j’ai tutoyé son anus. Notre entrevue a duré environ une heure, au terme de quoi elle m’a avoué qu’elle-même avant de se « recycler dans l’orientation » – ce sont ces mots – avait été actrice dans la prometteuse industrie de la pornographie.

Pour me remercier de mon « doigté » elle m’avait renseigné auprès d’un de ces amis qui travaillait encore dans le porno…

Paul Guillot

One thought on “Confessions d’un homme du métier — Paul Guillot”

  1. Claeys dit :

    Bravo !

    Tu t’en es admirablement bien sorti, même si ça fait quand même un peu bizarre pour moi ta mère de lire ce texte, j’ai oublié un instant que tu en étais l’auteur et j’en ai apprécié la lecture, très drôle !

    J'aime

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