L’érotomane seul — Nagui

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Haine, Nagui, Porno

Ce n’est pas que je sois un expert en la matière mais ce corps de femme n’en était pas un ; dépourvu de défauts, il n’avait aucun charme. Je passais donc à une autre vidéo, amateur, où une jeune femme suçait deux mecs avec un drôle de sourire, cette pipe devait être le fruit d’un jeu qui a mal ou bien tourné, c’est selon. Son sourire me disait vaguement quelque chose, et je dus m’y résoudre : je ne la connaissais pas, mais elle ressemblait à toutes ces filles que je croisais dans les couloirs du lycée, puis de la fac. C’était, assez inexplicablement, un désagréable sentiment. Une autre vidéo, elle, avait du être tournée en caméra cachée, on ne voyait rien, juste deux couilles qui pendent et une chatte qui souffre. J’éteignis l’ordinateur, sans éjaculation et l’érection morte. Les sites porno ressemblent aux soirs de championnat de France en multiplex, on veut tout voir et, finalement, nous ne voyons rien.

Il me fallait me ravitailler en clopes, c’était là ma seule sortie, sans cette bénigne addiction je crèverais sûrement dans mon lit, mort de faim et fatigué à l’extrême. Me déplaçant pedibus, l’achat de clopes m’offrait un peu d’activité physique. Sur la route, je croisai cette masse grouillante et indifférenciée de gens pressés d’aller au boulot ou d’en chercher ou d’on ne sait quoi. Des détours me permirent d’éviter les classes d’écoliers qui se rendaient au gymnase, et les quadragénaires qui se rendaient à la banque. J’achetai mes trois paquets et regardai intensément la jeune buraliste, elle ressemblait, évidemment, à la fille de la double-pipe et, bien sûr, elle ne lui ressemblait pas du tout. Enfin, me disais-je, sûrement qu’elle aussi suce des queues. C’est toujours une étrange constatation, quand on se retrouve en société, quand on se perd dans le métro : tous les visages féminins que l’on croise ont déjà été aspergés de sperme. Pas du mien.

Je retournai chez moi, pensant à l’absence de vie sexuelle que je n’arrivais pas à combler, comme tant d’autres, par la consultation des sites pornos. Je me branlai quand même, à l’imagination, c’est toujours ce qui marche le mieux, au souvenirs de mes rares expériences, et une fois l’éjaculation accomplie, ne me restât que le désarroi. Je me branlais vraiment sur des souvenirs assez banals, rien d’excitant, en fait. Je devais vraiment être en manque, toutes ces femmes disponibles et promptes à baiser et qui pourtant ne le font qu’avec les autres me plongeaient, ou plutôt, me maintenaient dans la dépression. 

Il faut que je vous le dise, et ce n’est pas pour me dédouaner de ce que vous me reprocherez sûrement à la fin de mon récit, ma vie jusqu’ici n’a été qu’un long apprentissage du dégoût et de la misère. Mais mon existence touche à sa fin, je m’en fous désormais, vous pourrez me pendre si cela vous chante. J’ai déjà vingt-cinq ans. 

Après des heures de réflexion, je me remis à consulter des vidéos, cette fois avec méthodologie. Je recherchais les mots « viol », « force », « secrétaire », bref, toutes ces situations où la femme n’a pas le choix. Des plans s’élaboraient, petit à petit, et j’arrivai à me branler une seconde fois, sur une vidéo d’un viol que j’imaginai simulée, il faut bien le dire. Des noirs cagoulés surprenaient une jeune blanche dans un quartier parisien, la ligotaient puis la violaient à tour de bras ; pendant que l’un lui prenait le cul, elle était sommée de lécher celui d’un des nègres. C’était vraiment pas mal. Il me fallait pourtant me rendre à l’évidence, je ne serai jamais capable d’asservir un être humain à ce point là, fût-il femelle. 

Le soir, je me décidai à sortir, c’était la journée de tous les efforts. Je rentrai dans un bar peuplé de jeunes, les conversations, volume assez haut, fusaient et rien n’était vraiment dit. Les filles étaient fraîches, elles portaient jupe et jeans serrés. Je les regardai se trémousser tout en sirotant un whisky et je tentai de m’approcher de la plus vilaine. J’exécutai quelques pas de danse et, poliment, elle s’effaça. Je retentai le coup quelques verres plus tard, et même résultat. Ce n’était pas pour ce soir me disais-je, alors que bourré comme souvent, je ne regardais plus ce triste spectacle que d’un regard morne. Je les enviais autant qu’ils me dégoûtaient. Je rentrai chez moi, après que le serveur m’eut offert une consommation.

Après un bref sommeil, je me mis à la recherche d’un couteau de cuisine. J’en avais un quelque part, que je n’utilisais pas, d’une part car il me paraissait trop dangereux et, d’autre part, parce que je ne cuisine pas. Je le trouvai dans le placard à casserole. Il devait être deux heures du matin, la soirée, pour eux n’étaient pas finie. Les couples allaient se faire, allaient baiser et le lendemain les cartes seraient à nouveaux distribuées, ça baisera encore, mais avec d’autres. Je mis mon long anorak dans lequel je glissai mon couteau.

Je ne pourrais vous dire pourquoi je ne retournai pas dans le bar du début de soirée, c’est là que je me suis fait humilié, là qu’aurait dû être accomplie ma vengeance. Je ne me dirigeai vers un bar-discothèque avec la crainte, ou l’espoir, d’être fouillé à l’entrée. Non, je pus pénétrer dans ce bouge.  Les pauvres types entrent toujours partout, dans l’imaginaire collectif ils ne représentent aucun danger.

Je tremblais un peu, était-ce le couteau dans mon anorak ou mon anxiété habituelle ? Je ne saurais dire, mais je tremblais. Le deuxième whisky les fit taire. Une bourgeoise portait une robe bleue, elle dansait avec tous les mecs qui passaient à côté d’elle, je la vis en embrasser deux en moins de cinq minutes. J’attendais donc le moment où elle se dirigerait vers les toilettes. Ce qu’elle ne tarda pas à faire.

Je la suivis, sans savoir si je voulais la baiser ou seulement lui faire mal. Je la cognai contre un mur, la giflai. Ma main sous sa robe, j’écartai son string afin d’enfoncer violemment ma queue dans sa chatte odieusement épilée ; j’éjaculai quand elle n’avait plus de larmes pour me faire bander ; je sortis mon couteau et achevai mon oeuvre ; la soirée ne fut pas totalement ratée.  

Nagui

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