Le jus d’une nuit

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Subjectivité

Je revois mon fils dans ses draps blancs, la pénombre,
Les bruits de la soirée qui mouraient près du lit,
Son regard où luisait l’énergie en décombres,
Comme on jette une bouée, il murmurait des cris,

Il sombrait, mon beau fils, mon enfant naufragé.
Dans ses yeux de grands rêves dessinaient de grands feux
Ses ultimes soupirs ployaient sous de lourds faix
Des questions de monarque au charisme de Dieu :

“Papa, c’est quoi, une cathédrale de Notre-Dame ?”
Mon enfant, mon chéri, resplendis en silence
Pendant que je murmure un avis plein de flammes
A tes oreilles dormies, ton sommeil de faïence.

Vois-tu, mon tendre amour, Notre-Dame est à toi
C’est un lieu de ténèbres où reposer tes yeux
Mi-refuge, mi-abysse, on y entend parfois
Des remous de prière dans les pierres, des adieux.

Car on s’y dit adieu, on s’y dit au revoir
On quitte en y entrant l’uniforme des jours
Pour un instant peut-être accrocher du regard
Dans les fluorescences du vitrail, son velours.

Notre-Dame, mon chéri, c’est tout ça et c’est mieux.
C’est le chemin que prennent ceux qui ne dorment plus
Toi tu dors, mon chéri, et sous ce ciel pluvieux
Tu bois, lèvres ouvertes, la nuit noire et son jus “

Je me relève en douceur, l’embrasse sur son front
Il dort, mon enfant dort comme un lac immobile
Je remonte le drap fin jusque sous son menton
Et quitte sans un bruit son silence fragile.

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